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29/06/2007

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© J.-L B

Un pays : le Cambodge. Une province : le Ratanakiri. Là, à l'extrême nord-est du mythique royaume khmer, s'étend une zone oubliée. Ou presque ! Située loin de tout. Adossée aux confins du Laos et du Vietnam. Peuplée de tribus proto-indochinoises telles que les Tampoun, Jaraï, Brou, Katcha ou Kroeungs, la province du Ratanakiri s'ouvre aujourd'hui timidement au monde extérieur. Pour l'heure préservées des hordes de touristes qui - à six cents kilomètres de là et plus à l'ouest - déferlent sur les temples d'Angkor, ces minorités ethniques du Cambodge n'ont, jusqu'à présent, fait que peu de concessions au monde moderne. Mais pour combien de temps encore ?

27/06/2007

LE SOURIRE DE LEILA

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© J.-L B

Elle avait quinze ans.
Ou seize ?
Tout juste à peine !
Son enfant, son enfant : était celui d'son sang.
Celui de sa vie !
D'elle, elle n'avait qu'une seule représentation.
La sienne. La sienne gâchée. La sienne humiliée.
Timide ! Réservée ! En retrait ! Oh : ça, c'qu'elle l'était !!!
Elle haïssait l'objectif.
Mais en considérait l'intérêt.
Celui qui consistait.
A figer.
A figer, pour une fraction d'éternité, ces deux sourires mal assurés.
Elle n'aimait pas ça : se faire photographier !
Mais ce jour-là, elle l'a accepté.
Pour en immortaliser l'instant.
C'était il y a longtemps. Un certain temps déjà de celà.
Mais ce jour-là, Leila ne s'est pas voilée. Ni la face. Ni son obscurité.
Elle l' a fait éclater, son bonheur !
Son bonheur d'être mère....
Tout simplement.
Sans faux semblant.
Sans faire semblant.
Sauf celui qui consistait.
Ce jour-là.
A être elle.
A être elle-même.
A être mère !!!!
Tout simplement.

25/06/2007

L'ETOILE DU SUD

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© J.-L B

Une piste interminable entre Taroudannt et Tafraoute. Un horizon de chaos minéral semble vouloir découper l'infini à la scie sauteuse. Notre - dixit ! - "scorpion du désert", version 4L plus que 4X4, n'amortit plus grand chose depuis belle lurette. Mais tient, tant bien que mal et vaille que vaille, le cap depuis Marrakech. On est quatre là-dedans à être secoués comme des pop-corn, mais que deux - seulement ! - à se relayer et à s'arc-bouter sur le levier d'vitesse récalcitrant du volant.
A défaut de casser : ça passe toujours ! Au ralenti, mais ça passe !
10 heures de route (?) et que 150 bornes au compteur. Une paille, dis !
Voilà maintenant quatre heures qu'un compagnon d'infortune, lui aussi naufragé volontaire sur ces contreforts de l'anti-Atlas, partage notre nuage de poussière.
Au gré des arrêts pipi et des pauses casse-croûte, on se salue de la main. Sur le coup de midi, on fait même un frugal pique-nique commun.
Garçon de café à Agadir, Omar rejoint avec femme et fiston, pour quelques jours de vacances, son frère Ahmed, resté seul au bled. On sacrifie en sa compagnie au rituel des trois thés. Puis, chacun reprend son chemin.
L'après-midi se passe ainsi de suite à se passer et se dépasser.
Trois crevaisons plus loin, et alors que le soleil juge tout d'un coup pressé de vouloir s'engouffrer dans son sac de couchage, Omar nous attend à un croisement balisé d'un monticule de pierres.
Trop risqué de poursuivre la piste en pleine nuit.
Il insiste pour nous héberger.
On finit par accepter.
Trois quart d'heure de soubresauts plus tard, les deux 4L déboulent sur un éperon rocheux en haut duquel s'agrippe un minuscule hameau. Omar nous invite à le rejoindre sur sa terrasse balayée par le vent glacé des Hauts plateaux.
Point de vue imprenable sur l'horizon incandescent.
Et là; là en dégustant un énième thé brûlant; là, en écoutant Omar parler; là, en cherchant à croiser le timide regard de braise d'Ahmed; là en s'enivrant de l'odeur épicée du tagine aux amandes qui mijotait dans le four à pain de la cour d'à côté; là; à être là tout simplement là ; là à vivre intensément ce moment là; on a su, à cet instant là, qu'il était un bien trop précieux pour ne pas se l'accaparer pour l'éternité !

24/06/2007

BIENVENIDO A VINALES

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© J.-L B

Bienvenido a Vinales !
Tu parles, oui ! Voilà une heure que le cyclone tropical nous a surpris. La caisse a rendu l'âme. Carbu noyé ou encrassé. Sais pas vraiment. Sais plus très bien. Veux pas savoir ! Veux plus savoir ! Suis fatigué. Trempé. Trempé jusqu'aux os. Le vieux Toyota reste désespérément immobile sur le bas côté. Plus rien à en tirer. Rageur coup de poing sur le capot. Ca sert à rien. Mais ça défoule.
Là-bas au loin, sur la mer; le ciel couleur d'encre se zèbre d'éclairs. Cette fois : ça tonne et ça pète dans tous les sens. Et ç'est plus franchement très loin. V'là qu'il'approche, à toute allure ce foutu "chemin des Dames" exilé au beau milieu des Caraïbes !
Brrrrrrr !!!!!!
"Et qu'est-ce qu'on fait, maintenant" ?
Si j'savais !
Andrea n'en mène pas large. Moi non plus, à vrai dire. Nous voilà trempés. Glacés. Frigorifiés. Nous voilà comme deux ronds d'flanc, grelottant sous l'ouragan. Comme deux cons perdus sur une route paumée au fin fond d'une vallée excentrée de la province de Pinar del Rio. Quelle idée, aussi, d'avoir voulu prendre la tangente dans ce foutu trou ! Là, ici. Loin de tous ces axes touristiques balisés.
La route maintenant se fait torrent. Ridicule de ne rien faire. Et d'attendre.
Faut bouger ! Marcher ! Trouver de l'aide.
Une demi-heure plus tard, dans la quasi obscurité d'la mi-journée : un gamin sous l'auvent d'un bohio au toit en feuilles de palme nous fait un pt'it signe de la main. Pas plus étonné qu'ça d'nous voir débarquer. On lui raconte notre mésaventure. Deux minutes plus tard, c'est toute la maisonnée qu'est là. Là, sur le pas d'la porte. On discute. Ca tchatche. On tcharre. Ils ont le temps. Nous, moins, compte tenu des circonstances. On leur raconte notre vie. Jusqu'à c'qu'enfin : gagné ! Ils acceptent de nous aider. Y sont ok pour pousser la Toyota noyée. S'engagent à la garder. Jusqu'à c'qu'on revienne. Bientôt.Tout de suite. Avec le mécano de l'agence de location.
Oui, mais bon : et maintenant ! Qu'est-ce qu'on fait ?
Pinar del Rio est à une cinquantaine de kilomètres de là. Il pleut toujours des trombes Et les campesinos n'ont d'autre moyen de locomotion que deux boeufs attelés à un charreton.
La suite ?
La suite : elle s'enchaîna dans une espèce de tourbillon surréaliste. Une autre demi-heure de marche. jusquà c'qu'un poid-lourd au bord de l'apoplexie accepte de nous prendre en stop.
Défoncé aux amphés, le chauffeur qui faisait les 3/8 depuis une semaine dans une mine de cuivre voisine s'endormait à moitié au volant. Dès qu'il piquait un tantinet du nez, Andrea lui chantonnait à tue tête "Ay Carmela", tandis que mon côté je m'occupais de lui remplir le gobelet d'son thermos de café.
Une autre bonne demi-heure plus tard, dans un état second, engloutis dans les déferlantes des "Cinquantièmes Hurlantes et Mugissantes" équivalentes au passage du croisement d'un Cap Horn imaginaire, le routier pila brusquement sur les freins d'son babut avant que dans une gerbe d'eau il ne finisse par s'immobiliser cinq cents mètres plus loin. Restait quand même trois bonnes bornes à faire jusqu'à l'hôtel.
Trempés, imbibés, à moitié noyés, on a fini par y arriver.
Le bouge était désert.
Rosa avait déserté la réception. Mais nous avait vu arriver derrière ses persiennes et s'était empressée de préparer l'une des chambres qui donnaient sur la vallée.
En prévision du lendemain...
En nous accueillant, hilare, cigare aux lèvre, elle tenait dans la main une boîte de Cohibas et dans l'autre une bouteille de Havana Club de trois ans d'âge. Puis s'exclama en s'esclaffant :
Bienvenido a Vinales !
(...)
Tu parles, oui !
Mais finalement.
Et vu sous cet angle...

20/06/2007

COUBA LIBRÉ

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© J.-L B

La silhouette au chapeau d'osier ménageait sa monture d'un trot apaisé en rentrant du champ de canne à sucre.
Les lacets de la piste sillonnaient et découpaient les flancs éventrés des collines peuplés d'avocatiers surplombant la route escarpée.
Le petit petit cheval alezan, que l'homme montait avec respect, semblait - pour une fois ! - lui être reconnaissant de prendre ainsi en compte son lourd poids des ans.
Une douce et chaude lumière de fin de journée baignait l'horizon environnant.
Une iguane se laissa tomber lourdement d'un manguier avant de s'éclipser en courant se réfugier derrière un bosquet d'ananas.
Cuba ! Cuba libre ! Couba libré !
C'était il y a quelques années de ça. Juste avant que Varadero ne finisse, à coups de dollars déversés par milliards, par éclipser les futurs complaintes - à venir ! - des souffrances de Guantanamo. Avant que Castro ne sombre totalement dans le reniement, la paranoïa et l'oppression voués aux gémonies de ses élucubrations de dictateur d'opérette.
C'était avant !
Avant ; avant bien avant tout ça !!!!
Sur son cheval fatigué, Miguel lâcha sur le bas côté de la terre ocre un gras crachat lourd de sens tout en mâchouillant - plus que de raison ! - son cohiba troqué la veille à la sortie d'un fabrique de cigare de Pinar-del-Rio. En nous voyant, il esquissa un sourire. Puis, accepta en retour d'un éclat de rire rendu aussitôt en échange, de se faire photographier de bon gré.
Et tandis que le jour baissait et que plus rien, désormais, ne le retenait; un quart d'heure durant, il égrena les moment forts de sa vie. Evoqua ses tourments. Parla de ses illusions. Et - encore et surtout - de ses désillusions perdues en cours de route.
De tout et de celà, il se confia.
De tout à la fois.
De tout celà et de tout ça, il nous conta !
Exhumant et déterrant dans la même ivresse destructrice tout ce qu'au sommet de cette Sierra Maestra - qu'il haïssait tout autant qu'il la chérissait ! - il avait construit au gré des ressacs de ses utopies !!!
Puis, lassé, parc'qu'il était tard et qu'on l'attendait, il prit congé.
Eperonna gentiment l'Alezan et disparut dans l'obscurité !

18/06/2007

KURDISTAN SONG

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© J.-L B

Un jour, sur une route incertaine; quelque-part au fin fond du sud de la Turquie, ballotté entre chaos goudronnés et nids de poules de lattérite disséminés aux confluents des frontières de la Syrie de l'Irak et de l'Iran.
Le vieux Fiat combi, loué quelques semaines plutôt à l''aéroport d'Istambul, tente, vaille que vaille, de faire bonne figure malgré les rhumatismes chroniques de ses amortisseurs.
Rien à voir cette fois : mais dans la longue ligne droite à l'asphalte surchauffée par un gaillard soleil de septembre le radiateur, soudain, crie grâce.
Coup de patin sur la chaussée.
Puis...
Capot ouvert.
Durites à l'air.
Acre odeur de fumée.
"Eh.... m... !"
"Comment faire ?"
"Que faire"
"Quoi faire ?".
(..)
Lorsque soudain.
Surgi de nulle part, sorti d'un champ de coton dépassé quelques centaines de mètres auparavant, Nazik s'approche. Kéfié noué autour du front en symbole de la révolte kurde qu'il cautionne; sans mot dire, d'un large sourie entendu, le viel homme constate l'ampleur des dégâts .
Puis, toujours sans lâcher le moindre mot, se met aussitôt à l'ouvrage, nez dans le cambouis !

15/06/2007

REGARDS

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© J.-L B

Un village au nom imprononçable arc-bouté aux flanc d'une vallée perdue de Capadoce.
Hamit a tenu à y faire un crochet.
Un vague cousin y cultive ici un petit lopin de pommes de terre et quelques arpents d'un champ de coton. Le vieux Fiat combi loué à l'aéroport d'Istanbul cahote et bringuebale de tout son soul sur la piste de cailloux. L'horizon se détourne encore davantage du regard à chaque virage.
Puis, enfin: là-bas, au bout du chemin; là-bas tout au loin dans l'horizon rougeoyant; là-bas, derrière la crête se reflétant dans le ciel couchant, la montagne s'est subitement illuminée aux éclats. Sur les vitres des maisons troglodytes contre lesquelles un ultime rais de lumière désirait, avant la nuit, enlacer paternellement une dernière fois le village : là, derrière ce coin de carreau sali par le vent poussiéreux des hauts plateaux, est apparu le regard malicieux d'Aykan le curieux !!!

GENERIQUE

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© J.-L B

Malacca, au sud de la péninsule malaise.
Un dédale de ruelles enchevêtrées au sein d'un melting-pot culturel. Entre sonorités ceylanaises, calligraphie chinoise, architecture hollandaise, cuisine portugaise, réminiscences britanniques et souvenirs magnifiés d'une terre d'Islam, cette ancienne ville carrefour aux confluents des routes maritimes reliant l'Océan Indien à la mer de Chine, apaise l'âme tout autant qu'y viennent y déferler par gros paquet cette fureur guerrière que l'on nomme Amok !
Au détour d'une échoppe, dans l'embrasure d'une bâtisse effondrée, ce terrain infortuné, devient une formidable aire de jeu. Une scène de théâtre où les rôles attribués à chacun varient au fil des improvisations successives.
Clap, une-seconde : moteur !
Silence : on tourne !

14/06/2007

REVUE DE PRESSE

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© J.-L B

Pangkor Island , un petit bout de terre jeté en pleine mer; au sud de la Thaïlande, à quelques encablures de la côte ouest de la Malaisie. Une excroissance terrestre perdue au milieu de nulle part. Mais un havre de paix relié au pulsations cardiaques du monde. Un atoll sous perfusion. Une île pendue aux web décisions des bourses de Kuala Lumpur, Singapour, Hongkkong, Tokyo ou New-York.
Sur le pas de son échoppe de poissons séchés, l'épicier malais s'enquiert des horaires de combat de coqs de Teluk Gedong, de l'arrivée des derniers ferries dans le port de Lumut , des frasques médiatiques de Britney Spear ou de la liste des favoris aux derniers Grammy Awards. Tandis qu'au même moment et dans dans l'Arkansas, le concours des plus gros mangeurs de burggers était maintenu en dépit de l'épidémie de grippe aviaire sévissant en Asie du Sud-Est.
Si ! C'est vrai.
C'était marqué ce jour-là dans le journal !!!

11/06/2007

PATERNITE

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© J.-L B

Dans les méandres asséchés du fleuve Niger, recroquevillé sur sa communauté, le village vivait isolé depuis des années replié sur lui-même.
Intimidé par cette rencontre impromptue, l'homme eut d'abord un geste de recul. Méfiant. Puis, se résolut finalement à approcher. Lentement et sans mot dire. Drapé dans sa dignité, fier de sa paternité.
L'enfant qu'il tenait dans ses bras était l'orgueil de sa chair, l'héritage de son sang. Et il avait envie de le crier en silence à la face du monde !

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