27/06/2007

LE SOURIRE DE LEILA

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© J.-L B

Elle avait quinze ans.
Ou seize ?
Tout juste à peine !
Son enfant, son enfant : était celui d'son sang.
Celui de sa vie !
D'elle, elle n'avait qu'une seule représentation.
La sienne. La sienne gâchée. La sienne humiliée.
Timide ! Réservée ! En retrait ! Oh : ça, c'qu'elle l'était !!!
Elle haïssait l'objectif.
Mais en considérait l'intérêt.
Celui qui consistait.
A figer.
A figer, pour une fraction d'éternité, ces deux sourires mal assurés.
Elle n'aimait pas ça : se faire photographier !
Mais ce jour-là, elle l'a accepté.
Pour en immortaliser l'instant.
C'était il y a longtemps. Un certain temps déjà de celà.
Mais ce jour-là, Leila ne s'est pas voilée. Ni la face. Ni son obscurité.
Elle l' a fait éclater, son bonheur !
Son bonheur d'être mère....
Tout simplement.
Sans faux semblant.
Sans faire semblant.
Sauf celui qui consistait.
Ce jour-là.
A être elle.
A être elle-même.
A être mère !!!!
Tout simplement.

25/06/2007

L'ETOILE DU SUD

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© J.-L B

Une piste interminable entre Taroudannt et Tafraoute. Un horizon de chaos minéral semble vouloir découper l'infini à la scie sauteuse. Notre - dixit ! - "scorpion du désert", version 4L plus que 4X4, n'amortit plus grand chose depuis belle lurette. Mais tient, tant bien que mal et vaille que vaille, le cap depuis Marrakech. On est quatre là-dedans à être secoués comme des pop-corn, mais que deux - seulement ! - à se relayer et à s'arc-bouter sur le levier d'vitesse récalcitrant du volant.
A défaut de casser : ça passe toujours ! Au ralenti, mais ça passe !
10 heures de route (?) et que 150 bornes au compteur. Une paille, dis !
Voilà maintenant quatre heures qu'un compagnon d'infortune, lui aussi naufragé volontaire sur ces contreforts de l'anti-Atlas, partage notre nuage de poussière.
Au gré des arrêts pipi et des pauses casse-croûte, on se salue de la main. Sur le coup de midi, on fait même un frugal pique-nique commun.
Garçon de café à Agadir, Omar rejoint avec femme et fiston, pour quelques jours de vacances, son frère Ahmed, resté seul au bled. On sacrifie en sa compagnie au rituel des trois thés. Puis, chacun reprend son chemin.
L'après-midi se passe ainsi de suite à se passer et se dépasser.
Trois crevaisons plus loin, et alors que le soleil juge tout d'un coup pressé de vouloir s'engouffrer dans son sac de couchage, Omar nous attend à un croisement balisé d'un monticule de pierres.
Trop risqué de poursuivre la piste en pleine nuit.
Il insiste pour nous héberger.
On finit par accepter.
Trois quart d'heure de soubresauts plus tard, les deux 4L déboulent sur un éperon rocheux en haut duquel s'agrippe un minuscule hameau. Omar nous invite à le rejoindre sur sa terrasse balayée par le vent glacé des Hauts plateaux.
Point de vue imprenable sur l'horizon incandescent.
Et là; là en dégustant un énième thé brûlant; là, en écoutant Omar parler; là, en cherchant à croiser le timide regard de braise d'Ahmed; là en s'enivrant de l'odeur épicée du tagine aux amandes qui mijotait dans le four à pain de la cour d'à côté; là; à être là tout simplement là ; là à vivre intensément ce moment là; on a su, à cet instant là, qu'il était un bien trop précieux pour ne pas se l'accaparer pour l'éternité !